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A vélo de Gurs à Auschwitz : une aventure mémorielle et humaine

Le 24 avril dernier, je suis parti du camp de Gurs sous les applaudissements de quelques supporters qui avaient bravé la pluie et le froid du Béarn. Ma direction : le camp d’Auschwitz. 

 

Il m’aura fallu 55 jours pour atteindre ma destination et parcourir les 3000 km qui m’en séparaient. Au fil des kilomètres, j’ai rencontré de nombreuses personnes : celles qui m’ont ouvert leur porte et donné leur confiance, les élèves et leurs professeurs avec qui j’ai partagé mon quotidien et mes motivations, des compagnons de route, des bénévoles de l’UNICEF, ainsi que des guides et des responsables de lieux de mémoire. Beaucoup m’ont fait part de leur étonnement, et parfois aussi de leur admiration, de voir un jeune homme accomplir un tel voyage, seul, et sur une thématique si particulière. 

 

De mon côté, je réalisais enfin le projet que j’avais en tête depuis l’âge de 19 ans. A l’époque, je m’occupais des cérémonies et commémorations dans ma commune d’Allassac en Corrèze. J’étais un tout jeune conseiller municipal qui s'interrogeait sur notre façon de transmettre la mémoire, d’enseigner notre histoire, et en particulier celle de la Seconde Guerre mondiale : ces cérémonies sont-elles utiles ? Comment rendre hommage ? Qu’est-ce que le devoir de mémoire ? Ces questions ont fini par nourrir une idée : celle d’aller jusqu’à Auschwitz à vélo. 

 

J’ai choisi ce lieu symbolique de la Shoah afin de le visiter et de mieux comprendre les mécanismes qui nous ont conduit à ce drame. Le faire à vélo était une façon de témoigner mon respect et mon admiration aux victimes et martyrs de la barbarie nazie à travers un effort exigeant, aussi bien physiquement que mentalement.

Après huit ans d’hésitation, après différentes expériences professionnelles et personnelles, après une pandémie, après des accomplissements sportifs, et après de trop nombreuses questions sur l’avenir…ce projet d’aventure a dépassé le simple hommage pour devenir un véritable pèlerinage.  

 

En décembre 2021, j’ai enfin présenté mon projet à ma famille et mes amis. Durant les quatre mois qui me séparait du jour de départ de mon aventure, j’ai ajouté à mon idée initiale : une cagnotte pour l’Unicef pour que mes valeurs se traduisent en action, des interventions en milieu scolaire pour partager mon engagement, l’objectif de dormir chez l’habitant pour multiplier les rencontres, ainsi que la visite de plusieurs lieux de mémoire pour mieux comprendre notre histoire. 

 

C’est justement en traçant mon itinéraire que j’ai découvert l’existence du camp de Gurs. En présence des membres de l’amicale, j’ai visité cet ancien camp d’internement français qui compte tristement parmi les plus grands : plus de 60 000 personnes y ont été internées.

“les combattants de la liberté saluent les forçats de la route”. Cette phrase faisait un écho troublant avec mon aventure. L'hommage s'inversait : j’étais devenu le forçat de la route qui saluait les combattants de la liberté.

Je me rappelle cette anecdote historique que Tony m’a confiée lors de cette visite : durant l’été 1939, le 19 juillet, la neuvième étape du Tour de France, Pau-Toulouse est passée devant le camp de Gurs. Pour l’occasion, les brigadistes du camp avaient inscrit sur une pancarte : “les combattants de la liberté saluent les forçats de la route”. Cette phrase faisait un écho troublant avec mon aventure. L'hommage s'inversait : j’étais devenu le forçat de la route qui saluait les combattants de la liberté.

 

C’est également avec le soutien de l’amicale que j’ai pu visiter les 10 autres sites historiques qui se trouvaient sur ma route. Grâce au réseau des lieux de mémoire de la Shoah en France, j’ai toujours été reçu avec beaucoup de bienveillance et d’amitié. 

 

Partir de Gurs, au-delà d’une évidence, était un symbole. D’un point de vue personnel, c’était l’occasion de mettre en lumière l’histoire d’un territoire que j’aime et qui m’a accueilli pendant les deux dernières années. D’un point de vue historique, c’était aussi riche de sens. Gurs était le point de départ de nombreux convois pour Drancy, puis Auschwitz. Un de ces lieux où de nombreux destins se sont croisés. A l’instar de Szloma Zunszajn ou de Paul Niederman que j’ai recroisé à l’école Tina Adler de Nespouls (Corrèze) pour le premier et à la maison d’Izieu (Ain) pour le second. 

"Cet itinéraire jusqu’à Auschwitz était pour moi bien plus qu’une aventure mémorielle. C’était une aventure humaine, un chemin d’humanité entre le passé, le présent et l’avenir."

Durant mes deux années en Pyrénées-Atlantiques, j’ai appris quelques mots en béarnais, notamment cette expression : “Los de qui cau”. En français, elle est traduite par : “ceux qui sont ce qu’il faut être”. Je ne sais pas s’il existe une telle expression dans mon département natal de la Corrèze, mais je sais que j’ai grandi avec ce même souci d’humilité et de respect pour celles et ceux qui m’ont donné la vie et pour celles et ceux qui m’ont donné leur vie. 

 

Nos mémoires et notre histoire sont des liens inestimables entre les générations et les nations. A travers cette aventure, j’ai souhaité prendre part à la préservation de ce lien d’humanité qui nous unit. Cet itinéraire jusqu’à Auschwitz était pour moi bien plus qu’une aventure mémorielle. C’était une aventure humaine, un chemin d’humanité entre le passé, le présent et l’avenir. 

 

Je l’ai réalisée à ma façon, non pas par devoir, mais par amour. 

 

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Je profite de ces quelques mots pour remercier l’amicale du camp de Gurs, et en particulier André, Tony, Claude et Émile, pour leur aide précieuse et leur soutien sans faille dans la construction et la réalisation de cette aventure mémorielle et humaine.



 

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